IA : Serons-nous remplacés ?
La question du remplacement des emplois par la technologie n’est pas nouvelle. Elle se pose depuis la révolution industrielle, notamment en Angleterre avec le mouvement des Luddites qui s’opposaient à l’introduction des métiers à tisser mécaniques.
Depuis, chaque grande innovation technologique : automatisation, robotique, informatique a suscité des craintes similaires. L’intelligence artificielle s’inscrit donc dans une continuité historique. Ce qui distingue la période actuelle n’est pas l’existence de cette peur, mais la rapidité de diffusion et d’amélioration de ces technologies.
Aujourd’hui, il est important de préciser que l’IA ne remplace généralement pas des métiers entiers, mais des tâches.
Et c’est ce que l’étude menée par Coface et l’OEM montre. Dans leur méthodologie, lorsqu’environ 30 % des tâches d’un métier sont automatisables, celui-ci est considéré comme menacé ou fortement transformé.
Selon leurs estimations, environ 16 % des emplois seraient menacés en France, ce qui représente près de 5 millions d’emplois.
Cependant, il n’y a pas aujourd’hui de remplacement massif et immédiat. Seulement 1/3 des entreprises a réellement engagé des projets d’automatisation. Attention, ce chiffre est relativement faible, mais l’impact déjà créé reste conséquent.
Alors qui est concerné par l’impact de l’IA ?
Les études montrent qu’un profil type des emplois les plus exposés à l’intelligence artificielle se dégage. Il s’agit généralement d’emplois de type col blanc, situés dans les grandes métropoles, relativement bien rémunérés.
À titre d’ordre de grandeur, environ un emploi sur cinq pourrait être affecté dans une grande ville comme Paris.
L’impact se fait également sentir sur les recrutements, notamment pour les jeunes diplômés. Les entreprises peuvent produire davantage avec le même nombre d’employés grâce à l’automatisation de certaines tâches. Ce qui peut réduire les besoins en nouvelles embauches, en particulier pour les postes juniors.
Un autre élément important est que le niveau de qualification ne protège plus autant qu’auparavant. Contrairement aux précédentes révolutions technologiques ici, l’intelligence artificielle touche désormais des métiers qualifiés, intellectuels et tertiaires. Le phénomène concerne donc particulièrement les emplois de bureau.
Les métiers les plus menacés
Selon l’étude de Coface et l’OEM, 26,9% des métiers en architecture et en ingénierie seraient menacés par l’IA.
Dans ce classement s’ensuit des professions relativement similaires, qui sont :
- Les métiers de l’informatique et des mathématiques : 24,9%
- Les métiers des sciences de la vie, des sciences physiques et des sciences sociales : 24,7%
- Les métiers des arts, du design, du spectacle, du sport et des médias : 23,8%
- Les métiers de soutien administratif et de bureau : 22,3%
- Les métiers des opérations commerciales et financières : 22,3%
- Les métiers juridiques : 21,6%
- Les métiers de direction : 18,7%
- Les métiers des services communautaire et sociaux : 16,8%
- Les métiers de l’enseignement et des bibliothèques : 16,6%
Aussi, ITforBusiness a érigé une liste complémentaire basée sur une étude menée par Microsoft afin de lister les métiers impactés par l’IA générative. Celle-ci corrobore les propos de l’étude de Coface et de l’OEM en montrant des fragilités pour les métiers suivants :
Code NAF | Métiers concernés |
Information et communication | Rédacteurs techniques, Correcteurs et éditeurs, Gestionnaires de contenu, Spécialistes SEO, Rédacteurs publicitaires, Rédacteurs de rapports, Rédacteurs de discours, Rédacteurs de newsletters, Gestionnaires de réseaux sociaux, Gestionnaires de campagnes, Rédacteurs de propositions, Rédacteurs de manuels |
Activités financières et d’assurance | Préparateurs fiscaux, Analystes financiers, Agents d’assurance |
Activités immobilières | Agents immobiliers |
Activités spécialisées, scientifiques et techniques | Analystes de données, Spécialistes en conformité, Coordinateurs de projet, Spécialistes en relations publiques |
Activités de services administratifs et de soutien | Assistants administratifs, Assistants RH, Gestionnaires de planning, Secrétaires juridiques, Gestionnaires de contrats, Gestionnaires de documentation, Assistants virtuels |
Commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles | Représentants commerciaux, Gestionnaires de comptes |
Transports et entreposage | Agents de réservation |
Hébergement et restauration | Agents de voyage |
Santé humaine et action sociale | Transcripteurs médicaux |
Autres activités de services | Agents du service client, Télévendeurs, Agents de recouvrement, Agents de centre d’appel, Spécialistes du support technique, Gestionnaires de communauté |
Les métiers les moins menacés
En opposition, il y a des métiers qui sont peu menacés par l’IA. L’étude montre notamment des métiers tels que :
- Le nettoyage et de l’entretien des bâtiments et des espaces extérieurs : 5,4 %
- L’agriculture, de la pêche et de la sylviculture : 7,9 %
- La restauration : 7,5 %
Encore une fois, la liste d’ITforBusiness, basée sur l’étude de Microsoft, montre bien que les métiers manuels et de contact sont beaucoup plus épargnés :
Code NAF | Métiers concernés |
Agriculture, sylviculture et pêche | Jardiniers, Agents d’entretien d’espaces verts |
Industrie manufacturière | Mécaniciens, Réparateurs d’électroménager |
Production et distribution d’eau ; assainissement, gestion des déchets et dépollution | Éboueurs, Nettoyeurs industriels |
Construction | Couvreurs, Ouvriers du ciment, Plombiers, Électriciens, Charpentiers, Maçons |
Commerce ; réparation d’automobiles et de motocycles | Coiffeurs, Esthéticiennes |
Transports et entreposage | Chauffeurs-livreurs, Conducteurs de bus, Préparateurs de commandes |
Hébergement et restauration | Serveurs, Cuisiniers, Agents de maintenance hôtelière |
Administration publique | Agents de voirie, Agents de stationnement, Agents de sécurité incendie |
Enseignement | Enseignants en maternelle |
Santé humaine et action sociale | Aides-soignants, Infirmiers, Ambulanciers, Travailleurs sociaux, Ergothérapeutes, Aides à domicile, Masseurs, Animateurs en maison de retraite, Techniciens de laboratoire médical, Techniciens en soins vétérinaires |
Activités de services administratifs et de soutien | Préposés à l’entretien, Agents de blanchisserie |
Transports / tourisme / loisirs | Guides touristiques |
Production et distribution d’électricité, de gaz, de vapeur et d’air conditionné | Techniciens HVAC |
Autres activités de services | Agents de sécurité |
Faut-il s’inquiéter de l’IA ?
Pourquoi il ne faut pas s’inquiéter
- Il est préférable d’apprendre à utiliser l’IA et à comprendre son fonctionnement plutôt que de l’ignorer, car ces outils seront de plus en plus présents dans le monde professionnel.
- Sur le marché du travail, les personnes capables d’utiliser ces technologies seront généralement plus valorisées que celles qui ne les maîtrisent pas.
- L’intelligence artificielle ne remplace pas totalement l’humain : la responsabilité légale, la prise de décision finale, la relation humaine et la réassurance restent des rôles humains.
- Le phénomène d’« IA washing » existe : certaines entreprises utilisent l’intelligence artificielle comme justification pour des licenciements ou des restructurations alors que les raisons sont en réalité économiques ou organisationnelles.
- La médiatisation très importante de l’intelligence artificielle peut parfois conduire à surestimer son impact réel à court terme et créer des inquiétudes excessives.
Les menaces et limites à prendre en compte
- La vitesse d’évolution de l’intelligence artificielle est très rapide, alors que la capacité d’adaptation des travailleurs et des organisations est plus lente, ce qui peut créer des difficultés d’adaptation.
- Il est possible qu’à court terme, certains emplois soient supprimés plus rapidement qu’il ne s’en crée de nouveaux, même si l’impact global reste encore difficile à mesurer aujourd’hui.
- Il n’existe pas encore suffisamment d’études pour connaître précisément l’ampleur réelle de l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi.
- L’arrivée de l’IA agentique constitue une évolution importante : ces intelligences artificielles ne se contentent plus de créer du contenu, elles peuvent planifier des actions, prendre des décisions et exécuter des tâches de manière autonome pour atteindre un objectif, avec une supervision humaine plus limitée.
- Cela signifie que certaines tâches intellectuelles, administratives ou organisationnelles pourraient être davantage automatisées dans les années à venir.







